Luctus

Luctus : douleur, affliction, chagrin, désolation, deuil.

Photographier. Pour faire le deuil. Pour extérioriser. Pour donner à voir le silence assourdissant de l’absence. Pour murmurer ou hurler l’indicible. Pour sécher les larmes. Pour rendre un dernier hommage.

À mon grand-père

Mon grand-père

Mon grand-père, je l’ai à peine connu.
Mon grand-père, quand j’étais petite, il était malade.
Mon grand-père, je ne savais pas qu’il aimait la photographie.
Mon grand-père, il avait une tumeur au cerveau.
Mon grand-père, je ne l’ai jamais vu avec un appareil photo en main.
Mon grand-père, il est mort — j’avais sept ans.
Mon grand-père, j’ai gardé son appareil photo, précieusement.

Pendant des années, je n’osais pas toucher à cet appareil. Je me contentais de le regarder. Et puis j’ai décidé d’inscrire la photographie au cœur de ma vie. J’ai fini par adopter l’appareil de mon grand-père, malgré ses petites défaillances. Juste avant d’entrer à Louis-Lumière, j’ai appris que mon grand-père avait eu un laboratoire. Tout son matériel a été exhumé. Je l’ai récupéré, puis je l’ai apprivoisé, prudemment. Dans les quelques cartons qui me sont parvenus, des papiers photographiques. Un peu rongés par les souris. Un peu moisis à cause de l’humidité. Un peu voilés par la lumière intempestive. Mais peu importe. Avec l’appareil photo, c’est à peu près tout ce qu’il me reste de mon grand-père.

À Hugo

Blessures de deuil — Souffrance Blessures de deuil — Oubli Blessures de deuil — Non-dits

Hugo est mort le 19 janvier 2007, emporté par un cancer.
Je n’en parle jamais. J’y pense toujours. Encore, toujours.

Dans le deuil s’enfoncent des échardes, comme d’indicibles blessures.
Dans le deuil serpentent les regrets.
Dans le deuil surgissent les affres de l’oubli.

La souffrance de son absence, l’oppression de la maladie, la grandeur des sentiments, leur déraison, le poids des non-dits, l’écueil de l’espoir, le fracas de sa mort, l’oubli de son visage, les tourments de la mélancolie, la fragilité de la vie, les regrets et les remords, tout se mêle et s’entrechoque, et je suis là, encore en vie, mais si vulnérable, encore en vie, mais—

encore en vie.

 

À la vie, à la mort

À la vie, à la mort est un livre infini, sans début ni fin, sans recto ni verso, un livre itératif, sur le principe du ruban de Möbius. Un livre en forme de nuage suspendu, mettant en lumière le rituel quotidien et vital que peut constituer la prise de médicament dans une vie en suspens, dont la seule issue est la mort symbolisée par le livre-nuage. Autour de cet objet, des enceintes elles aussi en suspension dans l’air : des voix, des murmures formant un nuage de mots diffus, au sein duquel le spectateur est invité à circuler pour regarder le livre.

Clouds will separate us —

the time to part has come now.

Wild goose flies away…

Matsuo Basho, 1671-1672 / traduction de Dimitri Smirnov, 2003-2004.

Voix : Sabine Cadéus & Rémi Dayre. Enregistrement : Romain Ozanne.

 

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À Fifi

 

Premier été au Roussy sans toi, première cabane aussi sans toi.

Et d’inoubliables moments entre cousins et cousines — complices.

Malgré tout. Malgré ton absence.

Loutingosigui /// Anne-Lou, Corentin, Margault, Simon, Guillaume.
Loutingosigui /// Anne-Lou, Corentin, Margault, Simon, Guillaume.

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