Is dem – idem ?

Réalisée dans le cadre de mon mémoire de master 2, « is dem – idem ? » est une installation plaçant l’eccéité photographique au cœur d’un questionnement sur l’identité, l’identique, et l’identification. En effet, « is dem » renvoie à la permanence et à la singularité d’une entité (« celle-ci même »), tandis que son dérivé « idem » est à entendre comme l’assimilation d’une entité à une autre (« la même que celle-ci »). D’un côté, réside donc l’unité-unicité, de l’autre, le double semblable. Et dans les deux cas, l’identification est en jeu, en tant que processus de re-connaissance. Or l’identification porte en elle le germe de la confusion, du glissement insensible de l’« is dem » à l’« idem », de l’unique à l’identique, et inversement.

L’objectif de l’installation que je propose est donc de creuser le lit d’une ressemblance inassimilable dans le genre du portrait. L’aspiration à une ressemblance forcément asymétrique doit révéler le caractère inaliénable et concret de l’unicité, de l’eccéité. Sont donc présentés deux portraits, de deux jumeaux, réalisés selon un procédé positif direct. Non-reproductibles par essence, ces portraits sont toutefois gémellaires : les deux supports sont issus d’une seule et même feuille sensibilisée ; les deux photographies ont été réalisées dans des conditions similaires et ont suivi la même séquence de traitement, de manière simultanée. Et malgré les ressemblances entre ces deux frères jumeaux, la pose, l’attitude, le regard ne sont pas les mêmes, trahissant la personnalité, la singularité, l’unicité de chacun — faisant ressurgir l’unicum.

De l’unicité à la préciosité, il n’y a qu’un pas. Aussi, pour conforter la dimension auratique de ces portraits au petit format, je les présente dans deux portefeuilles — comme des objets transitionnels à portée de main, et à mi-chemin entre le soi et l’autre. Ces portefeuilles sont exposés face-à-face, suspendus à un mètre cinquante de distance l’un de l’autre.

Devant chaque portrait est placée une glace sans tain, de telle sorte que chaque photographie se trouve face à son propre refet, mais ne « voit » pas l’autre portrait. Le visiteur est invité à venir dans l’écart entre ces deux glaces sans tain, pour regarder les portraits. Il ne peut donc pas voir les deux images simultanément, et le lien qu’il établit entre les deux visages est porté par la mémoire visuelle, questionnant ainsi l’identifcation et ses failles. Dans cet écart matériel entre les deux portraits, le spectateur fait face à une troisième glace sans tain, qui le confronte à son propre refet, à sa propre dualité, aux fissures de l’« is dem ». Derrière cette glace sans tain, se trouve le dispositif de prise de vue, dont l’objectif est orienté vers le spectateur. Par cette installation relativement complexe, la capacité du miroir et de la photographie à « saisir » l’identité intime est donc interrogée.

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Mémoire de master 2, réalisé sous la co-direction de Claire Bras et de Fabien Hamm : « De l’unique à l’identique, et inversement : ré-appropriation paradoxale d’un procédé positif direct« . Mémoire disponible sur le site de l’ENS Louis-Lumière.

Résumé / Abstract

Bien que le médium photographique soit souvent défini à l’aune de sa reproductibilité, nombre de procédés positifs directs cultivent l’unicité de l’objet photographique. Les spécificités de ces procédés de prise de vue méritent donc d’être abordées sous un angle conceptuel, historique et sémantique. Une fois que les frontières de cette catégorie seront dessinées, l’un de ces procédés fera l’objet d’une ré-interprétation technique, et d’un renversement paradoxal de l’unique à l’identique  : le protocole de fabrication manuel sera mis à l’épreuve de la répétitivité. Enfin, cette approche technique trouvera ses tenants et ses aboutissants dans un processus d’œuvrement concret, dans la genèse d’une pensée esthétique et philosophique, dans le questionnement de l’eccéité photographique et de l’identité… de l’identique à l’unique.

Mots-clés  : procédés positifs directs / unique / identique / identité / gémellité / écart infra-mince / inversion / protocole / geste / œuvrement.

Although the photographic medium is commonly defined as reproducible, many direct positive processes feed into the uniqueness of the photographic object. So the particularities of those processes have to be viewed from conceptual, historical and semantic perspectives. As soon as the frontiers of this category will be drawn, one of those processes will be technically reinterpreted, and paradoxically reversed. From the uniqueness to the identicalness: the hand-made will be confronted with the repetitive. Lastly, this technical approach will find its whys and wherefores in a concrete creative process, in the genesis of an aesthetic and philosophical thought, in the questioning of photographic essence and identity… from the identical to the unique.

Key words: direct positive processes / uniqueness / identicalness / identity / twins / infra-thin gap / inversion / processing / gesture / œuvrement.

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