Is dem – idem ?

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© Corentin Buzot
Vue prévisionnelle de la Partie Pratique de Mémoire © Corentin Buzot

« is dem – idem ? », ou l’équivoque de l’identité condensée en trois mots. Comme l’a explicité Clément Rosset, l’étymologie latine « is dem » renvoie à la permanence et à la singularité d’une entité (« [celle]-ci même »), tandis que son dérivé « idem » est à entendre comme l’assimilation d’une entité à une autre (« [la] même que [celle]-ci »). D’un côté, réside l’unité-unicité, de l’autre, le double semblable. Et dans les deux cas, l’identification est en jeu, en tant que processus de re-connaissance. Or l’identification porte en elle le germe de la confusion, du glissement insensible de l’« is dem » à l’« idem », et inversement. L’« idem » découle de la perception d’une ressemblance. Ressemblance entre deux entités distinctes — uniques ?

L’objectif de ma partie pratique de mémoire est donc de creuser le lit d’une ressemblance inassimilable dans le genre du portrait, non sans m’inspirer du cadrage propre aux « photographies d’identité ». L’aspiration à une ressemblance forcément asymétrique doit révéler le caractère inaliénable et concret de l’unicité, de l’eccéité.

Sont donc présentés deux portraits, de deux jumeaux, réalisés selon le procédé positif direct étudié dans le cadre de mon mémoire (inversion chimique sur support en polypropylène). Non-reproductibles par essence, ces portraits sont toutefois gémellaires : les deux supports sont issus d’une seule et même feuille sensibilisée ; les deux photographies ont été réalisées dans des conditions similaires, notamment en terme d’éclairement ; les deux portraits ont suivi la même séquence de traitement, de manière simultanée — à l’exception de la durée d’immersion dans le premier révélateur, qui a été ajustée de quelques secondes.

Au-delà de l’analogie avec les photographies d’identité, la pose frontale et le regard orienté vers l’objectif tendent à créer l’illusion d’un face-à-face avec le regardeur. Quant au clair-obscur créé par l’éclairage latéral, il dévoile autant qu’il dissimule, il ne montre qu’une moitié du visage, laissant l’autre moitié dans l’incertitude de l’ombre. Et malgré les ressemblances entre ces deux frères jumeaux, la pose, l’attitude, le regard ne sont pas les mêmes, trahissant la personnalité, la singularité, l’unicité de chacun — faisant ressurgir l’unicum.

De l’unicité à la préciosité, il n’y a qu’un pas. Aussi, pour conforter la dimension auratique de ces portraits au petit format, je le présente dans deux porte-feuille — comme des objets transitionnels à portée de main, et à mi-chemin entre le soi et l’autre. Ces porte-feuille sont exposés face-à-face, suspendus à un mètre cinquante de distance l’un de l’autre. Devant chaque portrait est placée une glace sans tain, de telle sorte que chaque photographie se trouve face à son propre reflet, mais ne « voit » pas l’autre portrait. Le visiteur est invité à venir dans l’écart entre ces deux glaces sans tain, pour regarder les portraits. Il ne peut donc pas voir les deux images simultanément, et le lien qu’il établit entre les deux visages est porté par la mémoire visuelle, questionnant ainsi l’identification et ses failles.

Dans cet écart matériel entre les deux portraits, le spectateur fait face à une troisième glace sans tain, qui le confronte à son propre reflet, à sa propre dualité, aux fissures de l’« is dem ». Derrière cette glace sans tain, se trouve le dispositif de prise de vue, dont l’objectif est orienté vers le spectateur. Par cette installation relativement complexe, la capacité du miroir et de la photographie à « saisir » l’identité est donc interrogée.

En outre, la dimension technique, qui participe du processus d’œuvrement fait irruption dans l’espace scénographique : les tests sont également présentés, mettant en évidence le labeur en laboratoire et le cheminement vers une pensée esthétique où se mêlent technique et philosophie.

 

 

« is dem – idem ? » est le fruit d’un processus de création intimement lié à mon mémoire de recherche : De l’unique à l’identique, et inversement : ré-appropriation paradoxale d’un procédé positif direct, réalisé sous la direction de Claire Bras (enseignante au sein de l’ENS Louis-Lumière) et de Fabien Hamm (photographe).

Mémoire disponible au format pdf sur demande, ou sur le site de l’ENS Louis-Lumière (prochainement).

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