En marge de « La voie lactée »…

Avril 2012. Beauvoir — Manche.

Il doit être 10 heures et demie. Comme chaque jour, Huguette et moi partons à pied, avec les chiens. Pour boire un petit café chez Rolande, la mère de Patrick. Sur le chemin, nous commentons les potagers des voisins, discutons de tout et de rien, les préoccupations sérieuses côtoyant les sujets triviaux. Les chiens s’étouffent au bout des laisses. Il y a du vent. La baie du Mont-Saint-Michel se déploie sous nos pas. Un bout de chemin dans l’herbe humide, les chaussures pleines de boue, les chaussettes détrempées. La maison de Rolande apparaît, sur la gauche de la route. Une de ces petites maisons modestes. Une de ces maisons que l’on ne remarque jamais d’ordinaire.

Nous nous engouffrons dans la cuisine, à la faveur d’un courant d’air. Rolande est là, assise à la table. Elle prépare des échalotes, pour accompagner la truite. Elle regarde les jeux télévisés, baisse le son à notre arrivée. Elle nous embrasse, nous invite à prendre un tabouret pour nous asseoir. Elle va chercher des verres et des cuillères dans l’armoire. Un café ? Non merci, je n’aime pas le café… Ah bon, tu es sûre ? Alors je ne te sors pas de verre ? Non merci… Elle sort donc deux verres, y verse le café froid, puis les amène vers le four à micro-ondes, dont Huguette ouvre la porte. Les gestes rodés par les habitudes. Les gestes qu’elles font tous les jours. 1 minute et 30 secondes. Elles récupèrent chacune leur verre, s’assoient à la table. Elles parlent des jeux télévisés, rient des candidats, s’informent du maintien ou non des différents champions. Elles observent, discrètement, ce que fait le voisin d’en face, dans sa nouvelle maison. Hier, à deux heures du matin, la lumière était allumée chez lui, si si. Entre deux gorgées de café chaud, Rolande épluche ses échalotes.

Hier, quand nous sommes arrivées, elle était plongée dans de vieilles photographies. Des visages souriants, un peu ternis par le temps. Une fête, où chacun avait dix ans de moins. Elle était émue, en regardant ces souvenirs.

Aujourd’hui, je la photographie. Elle en rit, me dit que si elle avait su, elle se serait faite belle, mais là, elle est toute décoiffée… Peu m’importe.

(photographies argentiques couleurs sur pellicule amateur Kodak Gold 400

— tirages de lecture pas « faits maison »…)

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